“J’te jure, une vraie machine!
- ah ouais?
- une machine à baiser! Je m’y serait bien attaché, mais on s’attache pas à une machine à baiser
- c’est sûr
- mais j’ai jamais vu ça. C’est hallucinant. Tout, partout, n’important quand. Une affamée, impossible à rassasier. On pourrait être douze que ça lui suffirait pas
- tiens t’en éloigné. Ça pue ce genre de plan.
- oh t’inquiètes pas! J’prends mes précautions.
Et il tapote sur la poche arrière de son jean, l’air entendu.
- je parle pas de ça. C’est le genre de nana à te foutre au tapis. A te faire crever. Tu t’accroches et deux mois plus tard t’es accro. Et deux mois plus tard encore, tu te retrouves avec un calibre douze dans la gueule, à chialer comme un gosse, à te demander pourquoi elle s’est barrée. Crois moi! Fuir, c’est ta seule chance. Tant pis pour le cul!
Ça n’a pas manqué.
Quatre mois plus tard, on le retrouvait dans sa piaule, la tête explosée. Pas au calibre douze, certes, mais la cervelle en chou fleur quand même, au milieu des conserves de raviolis. Belle fin.
Ces nanas là, ça vous pompe la vie plus que tout autre chose.
C’est de ça qu’elles se nourrissent. Elle bouffent l’amour. Tout l’amour. L’amour des autres, jusqu’à les faire crever.
C’est une machine cette nana. Une machine à tuer.
Tellement vide qu’elle veut se remplir de partout. Rien de mieux que la queue d’un homme pour ça. Une, dix, vingt, cent… Jamais ça ne lui suffit.
J’en ai connue une.
Une vraie tueuse.
A dire vraie, je ne sais même pas comment je m’en suis sorti.
C’était il y a douze ans de ça.
Elle s’appelait C. et je l’avais rencontrée dans une soirée. Elle picolait, je picolait, nous avons picolé et nous nous sommes retrouvés deux heures plus tard à l’horizontale à souffler et suer comme des diables.
Quatre mois plus tard j’avais perdu vingt kilos, mon boulot et toute lucidité et si ma logeuse n’étais pas rentrée dans ma chambre quand je mettais la corde autour du cou, je ne serais plus de ce monde.
Cette nana, comme toutes celles de son espèce, attaquait la cervelle en commençant par la queue. Ce qui la rendait vivante, c’était les cadavres qu’elle laissait sur son chemin.
Et si vous croyez que c’est juste pour le sexe que je me suis cassé la gueule dans cette enfer, vous vous gourez du tout au tout.
Ça commence comme ça oui.
Mais après, cette nana m’a répandu un vrai poison dans les veines, les tripes, les poumons et enfin la cervelle. Son poison. Un poison dont chaque molécule serait une image d’elle-même qui serait venu se ficher dans chacune de mes cellules et s’y étendre comme un écran de cinemax.
Son image, son visage je l’avais dans chacune de mes pensées, dans chaque goutte dans mon sang.
Je l’avais dans la peau au sens propre du terme. Et elle gonflait, gonflait et gonflait un peu plus chaque jour.
Elle m’obsédait. Je la voulais à chaque seconde. Je voulais la voir, la respirer, la bouffer, la baiser à chaque instant que la vie faisait.
Et quand elle partait, toutes ses petites images d’elle que j’avais en moi se mettaient à hurler, comme un million de criquets. Comme un million de craies qu’on aurait fait crisser sur un tableau noir.
Son absence fut triste, puis douloureuse, puis insupportable.
La garce le savait. La garce s’éloignait de plus en plus, me laissant entendre que d’autres pouvaient mieux la remplir que moi. Puis que d’autres la remplissaient mieux que moi.
Elle jouissait de ma douleur.
j’ai tenté de me pendre donc.
Ma logeuse m’a décroché, me traitant de tous les noms d’oiseaux créoles qu’elle connaissait.
Puis ce fut le silence.
Le silence abruti.
Comme si je m’étais éloigné de moi-même, pour laisser gueuler C. toute seule dans mon corps.
C’est une heure plus tard qu’elle est entrée, comme si elle avait flairé ma tentative.
Elle m’ regarder de haut en bas. Je parierais encore qu’elle était surprise de pas me voir me balancer au bout de ma corde.
Alors je me suis approché d’elle. Près. Tout près. Au près de distinguer chaque détail insignifiant de ses grands yeux verts. Au point d’y lire la peur s’y répandre comme de tous petits insectes affolés qui fuiraient un chat.
“Tu vas pas me faire de mal hein?
- non. Tu verras. Ça ira bien. Tu ne sentiras rien.
C. se taisait.
Plus un cri.
Plus rien.
Tout était silencieux en moi, même quand les flics m’ont embarqués toutes sirènes hurlantes.
sandek… et je n’apprends ça qu’aujourd’hui ! ca complète une autre de tes oeuvres très “noire”
Faut tout relier à ton métablog, tu es tellement prolifique, pour suivre on a besoin d’un site où l’on retrouve les textes de l’auteur
Merci
tu as eu de la chance qu’elle ne te bouffe pas la tête, cette mante religieuse !!
Mag :ben ce n’est qu’une nouvelle hein….
Kataar : faut que je le fasse…faut que je le fasse…faut que je le fasse…faut que je le fasse…faut que je le fasse…