Sale fée!

Voir une fée couiner comme ça, geindre et vomir ses tripes, le laisse un instant perplexe, puis l’agace recta.
“Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?”
La fée à quatre pattes devant la cuvette des toilettes.
La voilà s’assoie maintenant : aaahhhh aaahhhhh.
Enfin, quoi?
Il l’avait aimé pourtant, il y a de ça cinq ans.
Plus que tout. Tiens, il se serait saigné les poignets dans la seconde si elle le lui avait demandé.
C’était sa fée. Elle avait été son tout, sa raison d’être.
Elle avait été son premier jour de printemps, son soleil d’hiver.
Sa grâce l’enivrait, le rendait fou de désir.
Elle n’était pas jolie pourtant. Faut reconnaitre que lui même était plutôt laid. Mais il avait aimé presque de suite son nez trop petit, ses jambes un peu courtes, ses mains un peu pataudes. Dans ses yeux quelconques, il lisait une vie brûlante et secrète, une âme enflammée.
Ce ne sont pas les mois ni les ans qui ont usé le regard qu’il portait sur elle.
Mais plutôt cette nouvelle.
Il aurait aimé qu’elle soit une détonation, comme le bruit du flingue qu’un type aurait utilisé contre sa tempe.
Mais non.
Juste un bruit de chat crevé qu’on glisse dans un sac poubelle.
Elle le trompait.
Sssllliiiirrrt.
Il avait été très honnête avec lui-même. Ça ne le surprenait pas. Des messages, il en avait reçus. Des petits messages quotidiens. Rien de très important. Des détails. Sa manière de se fringuer. Son excitation nouvelle avant d’aller bosser, son nouveau maquillage, sa nouvelle lingerie.
Il devait être trop crétin. Ou trop amoureux.
Et il l’avait surprise, sans vraiment chercher.
Sssllliiiirrrt.
Un chat crevé dans un sac poubelle.
La fée s’était décomposée en un instant.
“C’est de ta faute! Tu me regardes plus, tu me touches presque plus! IL ME FAIT ME SENTIR VIVANTE, TU COMPRENDS, VIVANTE!
- je te demande rien.
- mais c’est toi que j’aime
- ah…
C’est là qu’elle a commencé sa scène.
Mais c’est quoi ce cirque, bordel.
La fée et ses gros doigts, son nez de chihuahua et ses pattes de naines.
Il ne lui en veut pas vraiment. C’est juste comme ça.
Elle aurait pu tirer la chasse quand même. Ça va puer le vomi dans toute la baraque.
Il la regarde, froid, détaché.
Voilà une histoire qui se finit.
Plutôt qu’y mettre un peu de dignité, de bon sens, de raison et de respect, elle se débat dans ses jérémiades et ses râles d’agonisante.
Sale fée!
Quand il sera sorti, parti de cette pièce, de cette existence, il sait parfaitement qu’elle ira le rejoindre.
Qu’elle couinera un peu sur son malheur. Son malheur de cinq ans. Aahhh, si elle n’avait été aussi dévouée etc. etc.
Il la regarde encore.
Raaahhhh… Puis elle hoquète un peu, histoire de bien signifier qu’elle est vraiment malheureuse. Que ce n’est pas du beurre.
Il aurait du le savoir.
Les fées, c’est pour les contes.

5 Responses

  1. Toute resemblance avec des personages existant ou ayant existé est fortuite.

    ps : il y avait pas un plasma dans les chiottes ?

  2. y en a qui se sont reconnus !!

  3. moi pas. lol !!!

    Cà fait mal quand il y a un ou une autre qui se faufile dans le couple.
    D’ailleurs, je ne sens pas de la tristesse dans son resenti à lui, plutôt de la colère !!!

  4. Quel style!! Waaoouuhh!!! Merci l’Artiste. Nouvelle pleine d’humour……c’est ce que j’ai vu, j’ai ri !!! aux éclats,tout en me disant…….que c’est…dramatique….et meme là en écrivant je souris.Plaisir de la lecture, le sens de l’humour de cet écrivain doué pour nous faire rire du dramatique quotidien! C’est plein d’énergie ,de ressource,en meme temps…Bravo!

  5. et cendrillon redevint souillon des wc … :)

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