“J’aimerais bien qu’on fasse du vélo tous les deux, histoire de se balader dans Paris” fit Rose quand elle vit passer deux amoureux à bicyclette sur les quais de Seine
Mais Rose ne savait pas faire de vélo.
Alors Jo a décidé de lui apprendre.
“Apprendre à à faire du vélo à trente-trois ans, c’est ridicule
- non, y’a pas d’âge pour apprendre
- je sais pas si je veux en fait.
- on pourra se faire des balades romantiques tous les deux, ce sera sympa tu verras. Ce serait trop bête de mourir sans savoir appris à faire du vélo, non? Et puis apprendre à faire du vélo, c’est si facile!”.
Rose s’est laissée convaincre assez facilement, quand on y réfléchit.
Et le matin même Jo louait un vélo à la station du coin. Il régla l’engin à la taille de Rose et lui dit de monter dessus.
“Mais je vais me casser la gueule!
- t’inquiète pas, je te tiens.
Et Jo tenait le vélo fermement quand Rose grimpa dessus.
“Ca va mon amour?
- je sais pas trop
- allez tu vas voir, c’est facile. Prête?
- je crois”
Jo commença a avancer en tenant le vélo par le guidon d’une main, par la selle de l’autre. Rose se laissait promener sur le trottoir de cette manière.
Quiconque l’aurait croisé, l’aurait trouvée terrorisée par cette expérience. Elle tenait les deux poignées du guidon à s’en faire blanchir les phalanges et ses pieds semblaient chercher les pédales à tout instant.
“Ah tu vois, c’est facile non?”
Rose trouvait que non. Qu’elle avait l’air d’une conne là-dessus. Qu’elle se ridiculisait.
Elle se demandait aussi, mais sans le dire, pourquoi elle avait accepté la proposition de Jo.
“Toujours à avoir des idées à la con lui! Et je me laisse embarquer! mais quelle abrutie je fais!”
Sa gêne fut à son comble quand elle croisa le voisin d’en face qu’elle trouvait très beau et très très sexy.
Elle en voulu à Jo pour cela.
“Bon ça suffit maintenant, j’en ai marre!
- on vient juste de commencer
- non, j’en ai marre!”
Rose aurait presque trépigné si elle avait été à pied. Mais elle ne perdit que les pédales, au sens propres du terme.
“Quelle merde ce truc! Je veux descendre tout de suite!”
Jo arrêta de pousser.
Rose descendit.
“Ma chérie, je suis sûr qu’avant la fin d’après-midi tu sauras faire du vélo. C’est dommage d’abandonner comme ça, non?”
Cela prit un quart d’heure avant qu’elle ne remonte sur le vélo et que Jo recommence à la pousser sur le trottoir d’une rue beaucoup moins fréquentée.
Peu à peu, Rose prit de l’assurance. Mais pour ne rien laisser paraître elle ne manquait pas de dire à Jo qu’il s’y prenait mal, qu’il tournait le guidon, qu’il n’avait pas à tenir la selle, ou aque plutôt si, il devrait la tenir, mais plus fermement bon dieu!
Jo relâchait peu à peu la prise, comme son père l’avait fait avec lui.
Rose, commençait à y croire.
“Regarde, tu vois, j’y arrive presque. Mais lâche ce guidon, imbécile! Non tiens-le.
- tu m’as dit de le lâcher
- pas le lâcher complètement. Tu comprends vraiment rien!”
En fin d’après midi, Rose pédalait vite et Jo courrait à côté d’elle en tenant selle et guidon. Rose riait.
“Regarde, j’y arrive!
- sois prudente ma chérie, pas trop vite
- voilà, je commence à peine à m’amuser et tu te plains maintenant.
- je me plains pas. Je te dis juste de faire un peu attention
- pfff…”
Rose était gonflé d’assurance maintenant. Elle pédalait vite. Très vite. Au point que Jo avait du mal à la suivre.
“Lâche-moi maintenant, lâche moi!”
Et Jo lâcha prise.
Rose continua une dizaine de mètres à toute vitesse et en équilibre incertain. Elle riait fort.
“J’y arrive! J’y arrive!”
Jo la regarda en souriant et se dit à lui-même à voix basse “gaffe au croisement!”
Rose ne vit pas le bus arriver sur sa droite tant elle était fière d’elle même, de savoir qu’elle savait faire du vélo.
L’impact fût terrible.
Jo prit un instant pour savourer la scène.
Puis il se mit à courrir en hurlant “chérie! CHERIE! Mon dieu! Quelle horreur!”
Quelle chute !!