Il n’allait tout de même pas payer une fortune pour remettre une tuile en place. Ces artisans, de vrais voleurs, prenaient toujours une fortune pour la moindre bricole.
De plus, il avait une échelle et tout le matériel qu’il fallait.
En quelques minutes, la tuile serait en place et il pourrait déguster le ragoût de boeuf qu’il s’était fait mijoter toute la matinée.
Le ragoût, une petite bière, devant le match. Un vrai bonheur de célibataire.
Mais avant toute chose il devait remettre cette tuile en place. Le ciel était menaçant et il n’avait pas envie de se gâcher le match pour une connerie.
Quand il est tombé du toit, sa première pensée fut : “merde, je sais pas si j’ai fermé le gaz!”
Il trouva ça parfaitement crétin.
La légende disait que quand on meurt on revoyait sa vie défiler en un quart de seconde, le temps qu’il fallait pour tomber d’un toitpar exemple. Mais lui, il avait simplement repensé à sa gazinière.
Mais après tout, il se dit que son heure n’était peut-être pas arrivée. Peut-être bien était-ce pour ça qu’il n’avait pas revu sa vie défiler comme ça.
Cette idée le rassura un peu et il s’apprêta à l’impact.
Il ferma les yeux, essaya de se rouler en boule.
Il tomba dans le buisson épais qu’il avait planté il y a cinq ans à côté de l’entrée de son garage.
Le buisson amortit mollement sa chute.
Il attendit un long moment avant d’ouvrir les yeux.
Checker autant de parties de lui-même qu’il le pouvait.
Il remua la main gauche : ok.
Il agita la main droite : ok.
Les bras bougeaient.
Les jambes. Il prit une large inspiration, pria pour ne pas être paralysé.
Nickel. Un peu endolori, mais jambes et pieds étaient opérationnelles.
Le cou maintenant. Il fit oui puis non de la tête.
Tout allait bien. Il soupira de soulagement. Un pot incroyable! Il n’y avait pas à dire. Il était verni comme type. Il avait toujours été verni.
Il se leva, se débattu dans le buisson, s’écorcha légèrement les avant-bras. Rien au regard de la chute qu’il avait fait.
Il se frotta pour se débarrasser des feuilles et des brindilles qui décorait son pantalon et son tee-shirt et se mis à siffloter en se disant qu’il méritait bien une bière.
Il était indemne, il était chanceux. Et comme toujours, il s’en était bien sorti. Ses potes n’avaient jamais arrêté de lui dire. Il était un type verni.
Il se rappela la veine du diable quand ses parents avaient eu cet accident de voiture. Deux bras et deux jambes cassés pour son père, fracture du crâne pour sa mère. Lui, rien. Pas même un bleu.
A l’école aussi. Il était toujours tombé sur les sujets d’examen qu’il avait révisé, jamais sur ceux sur lesquels il avait fait l’impasse.
Les femmes, dès le lycée, lui avaient toujours couru après, bien plus qu’il ne l’avait fait lui-même. Et à cinquante ans, il pouvait se targuer encore de jolies conquêtes.
Son mariage à la riche Emma avait été un échec certes, mais son divorce lui avait raporté un bon paquet. Suffisant en tout cas pour qu’il n’ait plus à bosser. Il la revoyait jolie, puis avec mauvaise quand elle avait du lui signer ce chèque.
Pourquoi?
Tout simplement parce que la veille de son divorce il venait de perdre son boulot et que le juge, un ami d’enfance, avait estimé qu’il était juste que madame lui verse une indemnité conséquente.
Chanceux oui.
Et ça méritait bien cette petite bière.
La cuisine explosa quand il ouvrit la porte du frigo.
Flûte !!
Ils ne lui avait pas encore livré sa cuisinière électrique !!
A chaque fois, une tranche de vie bien “troussée” et l’apothéose finale que l’on est impatient de découvrir .