C’est beau la nature.

BWC’est beau la nature. C’est vaste. C’est pur, c’est brut. Et puis y’a pas de connard pour t’emmerder là-bas, tu comprends.
Alors j’ai tout plaqué. J’ai démissionné. J’ai mis mon appart en vente, j’ai soldé mes meubles, ma bagnole… Tout. Absolument tout. Je suis passé au magasin de sport. Je me suis acheté un sac à dos costaud, un sac de couchage, des fringues dignes de ce nom, des gamelles, un réchaud. Tout ce qui faut. Et puis après je suis passer chez l’armurier pour m’acheter un fusil. J’ai pris un calibre 12, parce que je me suis dit qu’avec ça, rien ne me résisterait avec ça. Enfin en ce qui concerne le petit gibier bien sûr. J’ai acheté ce qu’il me fallait en cartouche et go, droit vers le nord. Le nord parce que j’avais envie de fraîcheur. Septembre avait été lourd comme le plomb. Une chaleur à crever. Je suais à grosses gouttes sans rien faire dans mon appart. C’est pour dire!
Donc me voilà sur les routes. Les petites. Parce que j’en avais marre des bagnoles et des abrutis qui ne peuvent pas te dépasser sans klaxonner. Petites routes de campagne donc.
Je voulais trouver un bois, non une forêt, un peu loin de tout. J’y planterais ma tente en attendant d’y construire ma cabane et adieu la civilisation. Je voulais une forêt dense et profonde. Du genre où personne s’aventure. Où je pourrais être seul sans qu’on vienne me faire dans les bottes. Quitte à ce que je doive défricher mon coin au couteau.
Je me rappelais les waldgänger de Jünger. Je me récitais des textes et des poèmes de Thoreau.
J’entends des cors mélodieux qui résonnent sous les voûtes lointaines des hautes régions de l’air, musique à donner aux hommes une folie divine, musique qui, du haut du ciel vient mourir à nos oreilles.
Enfin bref, j’ai marché des jours et des semaines, toujours vers le nord, avant de trouver MA forêt. Mais je l’avais trouvée finalement. J’ai commencé par emprunter un chemin puis une sente qui semblait tracer par les sangliers.
J’ai quitté la sente. Je me suis battu avec les ronces -de vraies lianes croi- moi!
Quand je suis arrivé dans la clairière, ça a été comme une illumination pour moi. Une révélation. Du mystique. Du vrai, du puissant.
Le soleil faisait des gloires dans les branches des chênes. L’herbe y était mousseuse et tendre. Et il y avait ce ruisseau qui fredonnait, lappant ses pierres.
C’est là. C’est ce que je me suis dit. Je m’en souviens bien. C’est là. Et la forêt a semblé me répondre “sois le bienvenu”. Un lièvre qui passait par là s’est arrêté un instant pour me regarder. “Bienvenue à toi!”. Les animaux de la forêt me souhaitaient le bonjour eux aussi.
J’ai planté ma tente, et me suis fait mon premier feu de bois, au centre de la clairière. Je me suis fait chauffé une boite de cassoulet que je me réservais pour ce moment là et me suis débouché un bouteille de rouge. Libations à la Nature.
Il faisait bon.
Je me suis foutu à poil et me suis couché sur l’herbe tendre et mousseuse.
Les fourmis n’ont pas eu l’air d’aimer, alors je me suis trempé dans le ruisseau glacé avant de m’endormir dans mon sac de couchage, juste sous la lune, pleine et bienveillante qui semblait se pencher sur mon sommeil.
C’est la nature qui m’éveille le lendemain matin.
Un sanglier, un solitaire, s’attaquait en grognant et en pétant à mon sac à dos.
La nature est sauvage ici. Chacun sa peau.
Je suis sorti.
La bête de dix tonnes m’a regardé d’un oeil méprisant, et s’est remise à charcuter mon sac. J’ai gueulé et frappé dans mes mains. Mais le sanglier n’en avait strictement rien à foutre, la truffe plantée dans mes trésors. Il faut dire qu’à poil, gueulant en faisant des mouvements de sémaphore en plein milieu d’une clairière paumée, je devais avoir l’air sérieusement con. Même aux yeux d’un sanglier.
La bestiole a fini ses affaires et s’est barrée tranquillement. Aussi tranquillement que si j’avais été un cloporte.
Quuand j’ai été sûr que le sanglier se fut bien éloigné je me suis rhabillé. J’ai pris mon fusil que j’ai chargé et je me suis dit que si la nature avait prélevé son tribu, j’avais bien le droit de prendre le mien.
Mais rien. J’ai eu beau écumer tous les alentours, dame nature semblait avoir informé tous ses collègues que j’étais là, plutôt furieux, et que j’avais visiblement en tête de faire un massacre.
Le soir donc je suis revenu bredouille.
J’ai grapillé quelques herbes qui ressemblaient à des pissenlits pour m’en faire une salade. J’étais prêt à bouffer n’importe quoi tellement j’avais faim. Je les ai coupé en morceaux. C’est sans doute la salade la plus dégueulasse qu’il m’ait été donnée de manger. Je me suis endormi le ventre vide, me disant qu’il fallait que j’entre en osmose, en harmonie avec la nature. J’étais un immigré ici. Il fallait que je conquiert ma place et la générosité de gaIa.
J’ai attendu une semaine comme ça. A bouffer ma salade dégueulasse. Et Dame Nature, crois moi, est une fieffée garce. Elle me lâchait rien. J’ai tout fait pourtant. Je l’ai même priée. C’est pour dire. Moi! Prier! A poil, à genou, les bras écarté à invoquer les éléments et les esprits de la nature.
C’est juste à cet instant qu’une bande de scouts est passée.
Je peux te dire que les scouts sont encore moins tendres que la nature. Et en plus ils parlent ces cons.
J’ai du prendre ma pétoire et tirer en l’air pour leur foutre la trouille et les faire déguerpir.
Je suis resté encore deux jours attendant un signe de la forêt et je suis rentré.
A une heure prêt mon appart était vendu. J’ai eu du pot. Faut tout de même que je me rachète une bagnole, des meubles et des fringues. Et que je me retrouve un boulot.
C’est beau la nature. C’est vaste. C’est pur, c’est brut.
Mais qu’est-ce que c’est chiant.

One Response

  1. excellent !! ça commence bucolique… j’attends la suite made in black… pas déçue du tout, j’adore la fin !! sinon, un sanglier de 10 tonnes !!! tu pousses un peu, là !!

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